Eden – Mia Hansen-Løve (2014)

EdenLa réalisatrice Mia Hansen-Løve s’est inspirée de la vie de son frère Sven Løve, DJ garage dans les années 1990-2000, pour réaliser le long métrage Eden. Ce film (qui n’est un documentaire ni sur la french touch ni sur les Daft Punk comme on a pu l’entendre) nous livre dix ans de la vie de Paul (joué par Félix de Givry), jeune passionné de garage qui crée avec son pote Stan le groupe Cheers, DJ et organisateurs de soirées house.

Deux parties se dessinent alors : le début et l’ascension, puis la chute.

On découvre un jeune de 20 ans qui sort beaucoup, ment à sa mère, écoute du garage, et est toujours fourré avec ses potes : Stan le DJ et Cyril le dessinateur. Un ado assez banal en somme, passif, qui ne paraît ressentir quelque chose que quand il écoute de la bonne musique. Il fait des soirées chez Thomas (des Daft Punk), sort avec plein de filles et a le projet de monter le groupe de garage avec Stan, pour lequel Cyril dessine les pochettes d’album. Des jeunes qui en ont plein les yeux, qui sont dans leur monde musical.

Et au début, ca marche, une vraie vie de DJ : ils mixent à Paris, puis à New York, remplissent des roof tops, se droguent quotidiennement à la coke…

Puis, alors que tout évolue autour des Cheers (on leur fait comprendre que le garage n’est plus trop à la mode, que le public attend quelque chose de plus électro ; les Daft Punk sont de plus en plus connus…), eux paraissent rester les mêmes. Spécialement Paul. En effet, on trouve toujours le même personnage d’année en année : même gueule, même attitude passive, même prise de drogue quotidienne, mêmes galères avec les filles… Un personnage qui manque de punch, qui sort des phrases terriblement clichées dites avec un air non chaland le long d’une plage, aux côtés de son ex enceinte : « T’as de la chance d’avoir trouvé ton équilibre, en tirant un trait sur le passé comme ça. Tu sais, j’y pense moi aussi. » Face à une telle diction, la salle ne peut se retenir de pouffer…

Et en effet, tirer un trait sur le passé, il le fera. Mais très tardivement. On assiste d’abord à la chute progressive de Paul dans le monde de la musique : les Cheers ont énormément de dettes, les soirées organisées ne marchent plus si bien, le groupe se sépare et Paul finit par être DJ de mariage ou sur une péniche vide pour le Nouvel An. Un anti-héros parfait : on a envie de lui dire de se bouger, d’arrêter la drogue, d’arrêter de demander de l’argent à sa mère et de faire quelque chose de sa vie. Ce Paul nous énerve : sa nonchalance, sa voix monotone, ses phrases clichées. On peut se demander si c’est volontaire de la part de la réalisatrice de nous présenter un tel personnage, alors que parallèlement on a envie d’être pote avec le producteur du groupe (rôle très drôle et léger joué par Vincent Macaigne) et de rencontrer le mystérieux et séduisant Cyril (joué par Roman Kolinka). Si c’est volontaire, on ne comprend pas bien le but de nous montrer un personnage presque ennuyeux accompagné de montages kitsch. Si ce n’est pas volontaire, c’est à se demander si le jeu de Félix de Grivy correspond vraiment au personnage de Paul (ce dont on ne doute pas lorsqu’on le voit quand même se déhancher en soirée).

Heureusement que la partie french touch du film est là pour « rattraper » la mollesse de Paul. La bande son est très cool, avec un peu de Daft Punk mais pas trop (et tant mieux), et beaucoup d’autres sons groovy. Mia Hansen-Løve n’hésite pas à mettre en valeur la musique, en nous livrant des scènes longues juste comme il faut où on découvre de la house très appréciée. On l’apprécie d’autant plus qu’elle donne l’impression de rattraper le personnage de Paul en lui même : c’est avec la musique et particulièrement en mixant qu’il paraît exister. Cette bande son et la qualité des images nous plonge dans une ambiance générale où on a envie de participer à leur aventure, de rencontrer toutes ces personnes pour qu’elles nous fassent découvrir leurs pépites musicales.

On reste alors sceptique après ces deux heures onze d’images. D’un côté le monde de la french touch nous a séduit, on a envie de courir trouver la bande originale pour se la passer en boucle et danser toute nuit. D’un autre, on aurait aimé connaître un peu moins de la vie de Paul et de ses histoire avec les filles. Surtout quand (malheureusement), la dernière scène nous livre un portrait ultra cliché où apparaît une jeune femme lorsque Paul lit le poème que celle-ci lui a offert… Peut-être aurait-on aimé un long métrage insistant plus sur la french house plutôt que sur la vie de Paul, personnage monotone au possible ?

E.

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