Les Clochards Célestes – Jack Kerouac (1958)

Les Clochards Célestes – Jack Kerouac (1958)Image

Après son long voyage Sur la Route, Kerouac nous livre un autre roman de voyages, poursuivant ainsi les bonnes vielles habitudes (après tout, on ne change pas une équipe qui gagne non ?).

Dans Les Clochards Célestes, Jack nous livre un autre roman de vagabondages à travers les USA. De vagabondage ? Ici, c’est un peu différends, parce que la quête n’est plus seulement celle du plus grand nombre de kilomètres (et de litres d’alcools) avalés, imprécise et éparse de Sur la Route, mais désormais aussi spirituelle. En effet, la question de la religion, et surtout du Bouddhisme, est très présente tout au long du livre, mais nous y reviendront plus tard si vous me le permettez.

Reprenons, Ray Smith (après Sal Paradise, Kerouac continue ses dédoublements de personnalité puisque ce personnage est encore une fois clairement autobiographique), vagabond de son état, débarque à San Francisco pour rejoindre quelques un de ses amis poètes (ou fous furieux, on peut dire les deux). La bas, entre autres, il y fait la connaissance de Japhy, qui se définit comme appartenant à la classe des clochards célestes et qui va entraîner Smith dans son sillage, lui enseignant « qu’il faut imaginer le monde comme le rendez-vous des errants qui s’avancent sac au dos, des clochards célestes qui refusent d’admettre qu’il faut consommer toute la production et par conséquent travailler pour avoir le privilège de consommer, et d’acheter toute cette ferraille dont ils n’ont que faire; réfrigérateurs, récepteurs de télévision, automobiles ( tout au moins ces nouvelles voitures fantaisistes) et toutes sortes d’ordures inutiles, les huiles pour faire pousser les cheveux, les désodorisants et autres saletés qui, dans tous les cas, atterriront dans la poubelle huit jours plus tard, tout ce qui constitue le cercle infernal: travailler, produire, consommer, travailler, produire, consommer. » Soit dit en passant, comme Dean Moriarty  qui n’était autre que l’avatar de Neal Cassady, Japhy est celui de Gary Snyder, poète Beat influent et grand apôtre du bouddhisme au USA dans les années 50, que rencontrera Kerouac peut avant d’écrire son roman. Ce Japhy l’initie entre autre, aux joies de la randonnée en montagne (du style randonnées badass de plusieurs jours dans la neige et le tout en espadrille, pas la petite marche jusqu’au lac + baignade de quand on était gosse).

C’est la que se fait la différence avec Sur la Route, dans ce dernier, les figurants avaient soif de parcourir la plus long distance horizontale, alors que maintenant Kerouac a découvert la 3D et s’applique à compléter les kilomètres déjà parcourus par l’escalade du plan vertical : les montagnes. Cette évolution se voit être le reflet l’état spirituel de l’auteur, puisque dans Les Clohards Célestes, l’élévation spirituelle est également bien plus présente, l’auteur n’aspire plus seulement à parcourir la plus grande distance physique mais aussi à s’épanouir religieusement et donc spirituellement.

C’est là que revient la question du bouddhisme, nos deux « Boddhisattva » parcourent plaines et montagnes tout en répandant la bonne parole. Ces réflexions et aspirations métaphysiques nous offrent des envolées lyriques aussi mémorables que magnifiques. La spiritualité à désormais remplacé la débauche et le be bop qui avant parsemaient la route de l’auteur (même si celui-ci a quand même un penchant encore assez marqué pour la bouteille, et que ces joyeux bouddhistes on un sens de la fête assez aiguisé). Cependant, on ressent aussi les doutes de l’auteur face à la religion, son éducation catho ressort parfois et ses réflexions le portent à se questionner sur les possibles points communs entre le bouddhisme et le catholicisme, à remettre en question la voie religieuse sur laquelle il s’est engagé, au grand damne de son copain Japhy.

Tout cela pour vous dire que, si Les Clochards Célestes est un livre peut-être moins beat que Sur la Route, et définitivement moins imprimé de la poésie violente et à vive que j’ai tant aimé dans ce dernier, il offre une vision tout à fait différente de la personnalité complexe de Jack. De plus, il est définitivement avéré que le bouddhisme transmet une dimension mystique à son style qui n’est pas sans laisser indifférent. Sans tomber dans la tentative de conversion de tout lecteur qui passerait par là, l’auteur nous permet d’aborder sa pensée grâce à ses réflexions grandioses et poétiques. Ce qui est bien c’est que, à défaut de partager son point de vue sur le sujet, vous pourrez toujours en tirer profit en admirant le talent et la beauté qui parsèment le bouquin.

A lire définitivement.

T.

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