Alabama Monroe – Felix Von Groeningen (2013)

Alabama Monroe – Felix Von Groeningen (2013)

ALABAMA+MONROEHistoire assez peu originale à première vue : Elise et Didier, tatoueuse et chanteur d’un groupe de Bluegrass, ont une fille Maybelle qui a un cancer. Plus original : ce couple vit dans un ranch comme de vrais cow-boys et passe son temps à chanter de la Bluegrass… tout cela en Belgique (ce qui nous amène à nous poser la question suivante tout à fait irrésolvable : pourquoi la Belgique ?)

Il paraît se dessiner deux films : celui, d’une tristesse infinie qui en deviendrait presque mégalo, de l’histoire de Maybelle et parallèlement, là où les amoureux comme les amateurs de country seront servis, cette histoire du groupe de Bluegrass ainsi que celle d’Elise & Didier. Bien entendu, ces deux histoires se mêlent, on assiste à des flash-backs assez intelligemment faits qui permettent par moment de redonner un peu de vivacité au film (et qui permet aussi de rappeler que oui, ce couple a déjà été heureux dans leur vie, fait qui n’est pas toujours évident lorsque l’on assiste à un véritable amas de malheurs qui s’abat sur eux).

Il s’agit d’un film assez cru dans le sens où l’on assiste au combat de Maybelle et de ses parents face à la maladie sans passer par quatre chemins : le réalisateur ne paraît faire aucun sous-entendu et nous livre Maybelle allongée sur un lit d’hôpital, crâne nu et cernes profondes. Il nous arrive parfois de nous demander si le spectateur n’a pas été forcé à ressentir ces émotions intenses, sans qu’il ait réussit à les construire peu à peu. Le spectateur est piqué sur le vif et n’a pas d’autre choix que d’avoir de la compassion. Il est bien sûr humain d’avoir de la peine face à une telle histoire, mais cette tristesse n’est-t-elle pas plus intéressante lorsque l’on est certain qu’elle soit personnelle ? Il semblerait que sans ces scènes, le film ne perdrait aucunement de sa dimension émotive ; c’est à se demander si ce cancer livré sans pincettes était indispensable…

Le film est tout à fait émouvant par plein d’autres critères qui eux sont plus personnels. Nous pouvons déjà noter le jeu exceptionnel de Veerle Baetens (Elise, rôle pour lequel l’actrice a reçu un prix) et de Johan Heldenbergh (Didier) ainsi que la mise en scène des personnages qui est tout à fait crédible : Didier porte une barbe de vrai cow-boy du far West et Elise a fait de son corps une véritable œuvre d’art. Ces personnages dégagent une chaleur assez surprenante, qu’on soit adepte ou non de la barbe et des tatouages. Elise et Didier paraissent représenter la légèreté même de la vie et des plaisirs quotidiens.

Cette légèreté de la vie qui peut être perçue dans ce couple s’ajoute et vient renforcer la poésie présente tout au long du film. Il s’agit à mon sens d’une poésie assez naïve et enfantine, reliée d’abord à Maybelle puis reprise par sa mère, et qui tourne presque au cauchemar lorsque Didier lie toute cette poésie à la religion ce qui paraît le rendre fou (on traite de réincarnation, de christianisme). Certains penseront sûrement qu’il s’agit ici d’une poésie kitsch (on rêve sur les oiseaux et les étoiles), mais il est intéressant de voir comment ces mêmes thèmes évoluent pour tourner finalement au désastre, ce qui correspond assez bien à la vie que finissent par endurer Didier et Elise. On peut y voir dans ces histoires d’oiseaux et d’étoiles presque un parallèle avec l’histoire du film en elle-même.

Enfin, cette chaleur humaine citée plus tôt est bien entendu englobée par cette voie féminine et ces sons de banjo qui vous remontent jusque dans les tripes, en d’autres termes ces chansons composées par Bjork Eriksson pour le film et qui donna naissance à The Broken Circle Breakdown Bluegrass Band. Il me semble que c’est là-dedans où se trouve une grande partie de la splendeur du film : Felix Van Groeningen nous offre à notre plus grand plaisir de nombreuses scènes de musique. Qu’elles soient intimes ou livrées à des projecteurs, elles sont splendides.

Un film à bannir pour les allergiques de la country, mais à aller voir (histoire de vous faire votre propre opinion, ce qui paraît indispensable suite aux critiques exacerbées que ce film a reçu) pour tous les autres.

E.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s