La Musique du Hasard – Paul Auster (1991)

 

9782253138327Il y a clairement deux parties distinctes dans ce livre. La première, la plus courte, c’est un road-movie (oui, apparemment ce terme s’utilise aussi pour les livres) qui nous emmène sur les traces de Jim Nashe (non vraiment, pas trop américain le nom), ex pompier de Boston et de sa voiture. La deuxième partie découle de la rencontre de Jim avec Jack Pozzi, joueur de poker, Jackpot pour les intimes. Cette deuxième partie, c’est tout sauf un road-movie, la preuve en est qu’elle tourne entièrement autour d’un mur et de pierres provenant d’un vieux château européen, si ça c’est pas aux antipodes des grandes routes américaines…

C’est justement cette opposition entre les deux parties qui rends le livre si intéressant, si passionnant et si oppressant. Parce que oui, la fin est carrément oppressante. Pourtant, tout part plutôt bien, Jim hérite de 200 000$ de son père, qu’il n’a pas vu depuis 30 ans. Sa femme l’a quitté peu de temps auparavant et sa fille habite désormais chez sa soeur dans le Minnesota, rien ne le retiens de prendre deux semaines de vacances bien méritées. Il achète donc une voiture et s’en va prendre la route. Mais, ces deux semaines vont se transformer en une longue errance sur les routes américaines, Jim ne vit plus que pour conduire, il a oublié toutes ses responsabilités, il vit sur l’argent récemment hérité, puisant encore et encore dans le pactole. Et voilà pourquoi le livre passe de liberté et grands espaces à situation super-bizarre et oppressante. L’argent. Et oui, on s’en doute bien, a force de puiser, Nashe se retrouve à cour d’argent, et de l’argent il lui en faut s’il veut pouvoir continuer à conduire. Surtout que maintenant, il ne peut plus rester au même endroit et mener une vie normal, il a besoin de s’évader sur les routes, et un besoin trop important pour ne faire ça que les week-ends ou pendant ses trop courtes semaines de vacances comme les individus de bases que nous sommes. Enfin bref, comme il a besoin d’argent et qu’il rencontre un super bon joueur de poker, tout va sûrement s’améliorer. Pozzi est sur le point de disputer une partie avec deux milliardaires, très très riches et aussi (accessoirement) très très mauvais au poker. En plus, l’intégralité de l’argent qu’il reste à Nashe serait tout juste suffisant pour financer la partie. Et rapporterait beaucoup. C’est parfait non ? Du coup, ils deviennent amis, ils se font des ——– en or et repartent sillonner l’Amérique tous les deux, insouciants pour le restant de leurs jours (oui, ils sont très très riches).

Non, je déconne. Vous aussi vous avez sentit que ça allait déraper à partir de « l’intégralité de l’argent qu’il reste à Nashe serait tout juste suffisant […]. Et rapporterait beaucoup. ». En même temps, c’est vrai que ça fait un peu gros quand même, quand t’as pas encore passé la moitié du livre et que le personnage principal dit « tiens et si je mettais en jeu tout ce qu’il me reste pour vivre ? », tu te doutes bien que la suite de l’histoire a peu de chance de raconter comment est-ce qu’il s’éclate avec l’argent qu’il a miraculeusement gagné. Cependant, t’as beau t’attendre à  ce qu’il perde, tu ne peux pas être préparer à ce qui suit la défaite (qui est donc, si vous me suivez bien, la deuxième partie du livre). Paul Auster nous livre un récit inquiétant, plus qu’étrange, MALSAIN. Le cadre est angoissant, les personnages sont engagés par les deux milliardaires pour travailler et ainsi payer les dettes accumulées au cour de la partie. Ils sont censés être libres, mais en fait, ils ne le sont pas trop. Rien n’est bien clair, on ne sait jamais vraiment ce qui est dans le contrat et ce qui n’y est pas, si les personnages se font manipuler ou s’ils ont juste un temps de retard… Et puis, c’est angoissant cette histoire de construire un mur en plein milieu d’un champs. Ce qui est sûr,  c’est qu’il y a des trucs pas nets.

C’est ça qui, à mon avis, fait de La Musique du Hasard un livre excellent. L’auteur nous y montre comment l’argent, le besoin d’argent surtout, a obligé Jim Nashe à renoncer à ses rêves de liberté, à ce qui était devenu sa raison de vivre. Il montre aussi comment l’argent détourne les hommes, les deux milliardaires s’enfoncent dans une mégalomanie de plus en plus démesurée. Le fatalisme de Jim quand il se retrouve face à la construction du mur évoque, à mon sens, la manière avec laquelle nous acceptons nos vies, nous acceptons de travailler durement juste parce qu’il faut de l’argent pour vivre et pour rester en assez bonne condition afin de pouvoir travailler encore et encore. Le choc entre les deux parties du livre est celui de la société contre la liberté, un rappel à la réalité. Et la société gagne, l’argent mets Jim Nashe en cage. Il le reforce à renoncer à ses rêves et à sa liberté, à se sentir bien.

A lire mes amis, à lire…

T.

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