Sur la route – Jack Kerouac (1957)

Sur la route – Jack Kerouac (1957)On the road - the original scroll

C’est l’été, t’es calé tranquillement sur un transat, en vacances avec tes potes, et tu te commences un petit livre (qui en l’occurrence n’est pas si petit). Et là, t’es comme happé par « le rouleau ». Oui, parce qu’il faut savoir que Kerouac nous a pondu sa merveille écrite sur un seul immense rouleau de papier de plusieurs dizaines de mètres de long et, de surcroît, sans paragraphes ni chapitres, ni même retours à la ligne. Un bon gros bloc. Mais ne vous inquiétez pas, le style permet une lecture facile et agréable ! Écrivain s’inscrivant dans le mouvement Beat (qu’il a lui même baptisé ainsi), Kerouac adopte un style assez particulier, rythmé et spontané, mais sans oublier de saupoudrer quelques phrases pleines d’un poésie magique par dessus le tout.

Je ne vais pas vous décrire le roman de long en large : c’est déjà un mythe et un poids lourd de la littérature américaine. Non, ce qui compte, c’est que le livre évoque chez chacun de nous. Kerouac nous raconte sa jeunesse sur la route, ses nombreux voyages déjantés. Et ils nous donne envie. Mais merde, c’est vraiment possible les trucs comme ça ?! Aujourd’hui, j’en doute. Essayez de traverser l’Europe en faisant du stop et en vivant de presque rien, vous allez probablement avoir du mal. C’est ça le truc de ce livre, c’est qu’il nous raconte les choses qu’ils ont vécu (ils c’est Jack et ses potes) et qu’il y a – honnêtement on peut se le dire – presque aucune chance qu’on fasse à notre tour. C’est le genre de livre qui t’inculque (enfin) la notion de respect des anciens (« Je me suis rendu compte que ces clichés, nos enfants les regarderaient un jour avec admiration, en se figurant que leurs parents menaient des vies lisses et rangées, se levaient le matin pour arpenter fièrement les trottoirs de la vie, sans se douter du délire, de la déglingue, de la déjante des réalités de notre existence, de notre nuit, de notre enfer, cauchemar absurde de cette route-là ») ! Mais bon, je m’égare. On reprend.

Donc, t’es callé dans ton transat tranquillement et le bouquin que t’as entre les mains, c’est un tremplin à rêve, il te donne envie de voyager (et il te fait aussi voyager un peu aussi, ce qui compense), il te donne envie de tout foutre en l’air, envie de faire un doigt à la société, d’enfiler une chemise à carreau et d’aller marcher le long d’une grande route avec le pouce levé pour les engins à moteur qui passent, en bref de dire « Mais qu’importe : la route c’est la vie. ». C’est le genre de livre qui te prends au tripes, qui te rappelle que t’es jeune (ou que tu l’as été pour certains), qui te rappelle que t’as des rêves (ou que tu en as eu pour certains) et qui te fait dire « Mais putain, qu’est ce que je fous dans le métro tous les matins ? ». Quand tu lis ça en août, ça peut vite tourner au méga-bad, surtout quand tu commence à réaliser que la moitié des vacances est passée et que les rêves de grands espaces vont devoir être mis au placard jusqu’à l’année prochaine et qu’il va falloir retourner dans le vrai monde (celui où les gens ont la mauvaise habitude de vivre le jour et de dormir la nuit).

Sur la route, c’est une merveille qui envoie le lecteur un peu partout, enfin, un peu partout où le narrateur a décidé d’aller se balader, en gros à travers l’Amérique et le Mexique (un petit tour), un long livre dont on a pas envie qu’il se finisse, parce que ceci signifierait le retour à la normalité et pire, à la réalité. C’est aussi le cri d’une génération qui a mis à mal les codes établis, un appel à la liberté, à la jeunesse et surtout, à la folie. C’est la représentation d’un mouvement (la Beat Generation) qui va braver les principes puritains de l’Amérique d’après-guerre, permettre l’émancipation de la jeunesse et l’éclosion des 60’s ! C’est pas rien. C’est un livre avec une BO : le jazz be bop, qu’écoutait Kerouac quand il écrivait son roman, transpire à travers l’encre. Il nous transmet la frénésie de ses personnages, imbibés de musique. Je termine avec une dernière citation : « Mais alors ils s’en allaient, dansant dans les rues comme des clochedingues, et je traînais derrière eux comme je l’ai fait toute ma vie derrière les gens qui m’intéressent, parce que les seules personnes qui existent pour moi sont les déments, ceux qui ont la démence de vivre, la démence de discourir, la démence d’être sauvés, qui veulent jouir de tout dans un seul instant, ceux qui ne savent pas bâiller ni sortir un lieu commun mais qui brûlent, qui brûlent, pareils aux fabuleux feux jaunes des chandelles romaines explosant comme des poêles à frire à travers les étoiles et, au milieu, on voit éclater le bleu du pétard central et chacun fait: « Aaaah! » ».

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