Blood On The Tracks – Bob Dylan (1975)

 

Blood On The Tracks Bob Dylan, terminant tout juste une gigantesque tournée, nous livre en 1975 cet album intimiste qu’est Blood on the Tracks, un peu comme une confession après les salles immenses qu’il vient de traverser. Comme on se confesse à un ami, il raconte à sa guitare son récent divorce, au travers de 10 titres composés relativement rapidement à Minneapolis. Il les enregistre tout d’abord à New-York, produisant un album très proche d’un retour vers ses racines, presque uniquement guitare – voix (et quelques rajouts minimalistes). Puis, alors que l’album était presque prêt à être distribué, le chanteur décide de réenregistrer 5 des 10 titres à Minneapolis, avec des musiciens de studio. C’est cette décision qui va rendre l’album aussi délicieux, il forme une sorte de continuum entre le Bob Dylan de 75 et celui des 60’s, les chansons originalement destinée à être jouées seules gagnent en ampleur et en dynamisme grâce au groupe complet, elles gardent leur essence poétique mais (on peut se l’avouer) sont moins chiantes à la longue qu’un album complet de guitare folk – chant nasillard (même si c’est un album aussi génial que The Freewheelin’ !). L’album sera acclamé par la critique comme par le public (#1 au Billboard, #4 au RU, double disque de platine aux USA…).

La première chanson Tangled Up In Blues indique directement la couleur, la présence du groupe est beaucoup plus discrète que sur les albums rocks qui marquèrent la rupture du musicien avec le mouvement folk (par exemple Bring It All Back Home), la guitare folk et la mélodie vocale sont mis en avant, au profit de Dylan, lui permettant d’entrer dans le vif du sujet – Her folks they said our lives together /  Sure was gonna be rough – (Ses parents disent que notre vie ensemble / Promettait d’être difficile). Derrière, il enchaîne sur une alternance entre ses chansons seul et celles ou il est accompagné, jouant à merveille sur les rapports avec le passé (peut-être dus au fait que les paroles sont essentiellement tournées vers des instants révolus de sa vie, qui sait ?).

Une petite préférence pour 4 chansons :

. Tangled Up In Blues, sur laquelle je ne m’attarderai pas plus, si ce n’est pour vous dire qu’elle est couramment citée comme une des meilleurs chansons de Bob Dylan, elle est aussi classée 68° au classement des 500 meilleurs morceaux de tous les temps selon Rolling Stone magazine.

. Simple Twist Of Fate, la deuxième chanson, plus lente et émouvante que la précédente, elle est jouée  pratiquement juste guitare – voix, avec une touche de basse de temps à autre et, évidemment, l’incontournable harmonicas (qui sonne toujours un peu bizarre chez ce bon vieux Bobby). Une chanson qui résonne comme une confession, avec un chant qui alterne les passages doux et fragiles,avec de grandes exclamations « nasales » comme on les aime !

. Lily, Rosemary And The Jack Of Hearts, joyeuse au premier abord, cette longue chanson (sauvée encore une fois de la monotonie par l’ajout d’une section rythmique ?) de 8:54 minutes n’est pas sans nous rappeler quelques sonorités de Blonde On Blonde (surtout le début qui me fait vraiment penser à I Want You, à vous de vous faire votre propre idée en comparant). Si la chanson sonne guillerette au niveau de l’arrangement, on peut vite s’apercevoir que la situation est légèrement plus compliquée, les paroles sont complexes et sombres et la version originale de New-York (donc avant le réenregistrement à Minneapolis avec toute la clique si vous me suivez bien) est beaucoup plus lente et mystérieuse. Je vous passe les nombreuses interprétations des paroles (parce qu’il me reste encore 2 chansons à vous présenter avant que vous ne vous enfuyiez loin de cet article), mais ces dernières valent le détour. Enfin, pour la petite info, la chanson à donné lieu à deux scénarios de cinéma, mais (hélas ?), aucun d’entre eux n’a vu le jour.

. Je vous emmène maintenant écouter l’avant dernière chanson de l’album, Shelter From The Storm, une autre ballade acoustique accompagnée encore une fois par une petite basse qui, sans dénaturer la chanson, lui donne un peu plus de corps. Encore une fois, les paroles parlent d’un « Other lifetime » , le chanteur évoque d’une femme sans jamais la nommer et nous décrit une histoire d’amour qui se finit plutôt mal « There’s a wall between us something there’s been lost »  (Il y a un mur entre nous quelque chose a été perdu). La chanson sonne quelque part entre la joie des premiers instants de la vie de couple (racontés dans les premiers couplets) et la douleur qui s’ensuit lorsque la relation se délite peu à peu, ce qui donne un résultat poétique, qui fait apparaître un Bob Dylan qui semblerait presque fragile (d’ou peut-être le besoin d’un Shelter From The Storm (abris contre l’orage).

En clair, Robert Allen Zimmerman nous a offert 10 titres liant le Bob Dylan « puriste » du folk avec celui des années 70, prenant le meilleur des deux pour en tirer des chansons qui permettent, à mon avis, de qualifier Blood On The Tracks comme l’un de ses meilleurs albums.

T.

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